samedi 12 décembre 2015

Un poète, globe-trotter avant l'heure, Gerardo Diego vous attend à Soria


            Quand j’ai présenté Soria, j’en ai parlé comme de la ville des poètes. Aujourd’hui continuons cette promenade poétique avec une statue à l’effigie d’un écrivain. Rencontre avec Gerardo Diego devant le Casino pour un café.
            Originaire de Santander, capitale de la Cantabrie, le petit Gerardo, né en 1896, fit ses premières compositions poétiques, à l’état d’ébauche, en 1910. Déjà intéressé par le patrimoine littéraire, il s’inspire alors du personnage créé par Cervantès, Don Quichotte. En 1912, le jeune bachelier prend le chemin de l’université de Bilbao pour entamer des études de Lettres et Philosophie. Son cursus se tissera entre sa faculté d’origine et Madrid. C’est durant cette période qu’il se lie d’amitié avec d’autres futurs grands noms de la littérature espagnole et qu’il remporte ses premiers prix littéraires.
Jusqu’ici peu de rapport avec la région de Soria. Mais, de même que Machado, il vient dans la ville prendre possession de la chaire de langue et littérature, en 1920. Il s’investit beaucoup dans la vie culturelle, s’installe dans le tissu social de sa ville. Il est amateur de musique, fasciné par toutes les innovations artistiques de son époque, jeune homme il a été ébloui par une représentation des Ballets Russe, en 1917 à Madrid. On ne s’étonne donc pas, que durant son voyage dans la capitale française, en 1922, il rencontre de nombreux artistes à la recherche de nouvelles formes d’expression, comme les cubistes. Après deux ans dans la petite ville de Castille, il repart à Gijon. L’année suivante, il publie un recueil de poésies portant sur Soria. 
Il fait de nombreuses recherches littéraires, enseigne, excelle aussi en musique. En tant que poète lui-même, il appartient à la génération 1927, puisque la classification en littérature espagnole est ainsi faîte par année, nous l’avions déjà vu avec d’autres auteurs. Il aime aussi lier, dans ses études, la peinture, tout en continuant à s’intéresser à la musique, il sera critique musical pour une revue en 1934. Il rencontre, en 1924, Unamuno, exilé en France, comme nous l’avions vu lorsque je vous avais emmené visiter sa maison à Salamanque. Courant 1928, il traverse l’Atlantique pour découvrir l’Amérique du Sud pendant presque cinq mois. En 1931 il prend un poste à Santander, sa ville natale mais donne aussi des cours à Madrid. Trois ans plus tard il visite les Philippines, dont le lien avec la péninsule est encore très fort, comme le démontre l’existence du monastère des philippins à Valladolid.
Gerardo revient en Espagne, le premier de ses six enfants, Elena, naît à Madrid, en 1935. La guerre civile éclate alors qu’il est en France, il se réfugie à Toulouse. Il revient à Santander l’année suivante, en 1937. Il change une dernière fois de poste en 1939, pour s’installer à Madrid. Un malheur frappe le poète puisque sa ville natale est détruite par un incendie en 1941, la maison familiale disparaît. Durant les années cinquante et soixante il voyage encore à l’étranger, en Italie, en Allemagne et en Amérique du sud à nouveau à plusieurs reprises. Il enchaîne les conférences dans des lieux prestigieux, comme à la Sorbonne en 1962. Il prend sa retraite quatre ans plus tard, mais continue à travailler sur des recueils, des poètes comme Lorca ou Lope de Vega. En 1979 il reçoit le prix Cervantes. Il s’éteint à 89 ans, à Madrid en 1987.
            Sans être un auteur aussi majeur que Machdo ou Unamuno, il reste quand même un poète connu. Ses écrits sont régulièrement republiés, notamment sous la direction de sa fille, Elena. Celle-ci a marché dans les pas de son père, étudiant par exemple la littérature française, elle est l’auteure d’une traduction, en castillan, d’oeuvres de Voltaire. En 2010 la ville de Soria commande une statue, au sculpteur Ricardo Gonzalez, pour près de 30 000€. L’artiste a déjà réalisé les deux statues des Machado. Deux spectateurs un peu particuliers assistent à l’inauguration, en avril 2011, les enfants du poète. Certes dans la longue vie de Gerardo Diego, Soria n’est qu’un passage, mais un moment qui l’inscrit dans la lignée des grands poètes comme Machado. Et puis il a quand même consacré, comme dit plus haut, un ouvrage entier à la cité. Procédé amusant, le sculpteur reprend ce qu’il avait déjà proposé avec le couple Machado, prendre place dans l’œuvre, le temps d’une photo, en s’installant dans la chaise vide en face du poète.

A Soria en plein été veste et jean peuvent s'imposer

            Si vous avez croisé cette statue vous n’avez peut-être pas saisi qui était ce personnage, j’espère que je vous aurais éclairer. Une halte intéressante pour faire connaissance avec un homme qui s’est montré particulièrement curieux pour tous les arts qui l’entouraient. Rendez-vous avec un de ses maîtres dans le prochain article à Ségovie.
            Bonne promenade dans la ville des poètes

Un tour sur le site de sa fondation s’impose si vous souhaitez en savoir plus.

DIEGO Gerardo, Gerardo Diego para niños, Ediciones de la Torre, 1996

DIEZ DE RAVENGA Javier, Los poetas del 27, clásicos y modernos, Ediciones Tres Fronteras, 2009

MARTIN Javier, « El Ayuntamiento adjudica a dedo una escultura de Gerardo Diego por 30.000 euros » Diario de Soria, le 12 octobre 2010 [Disponible en ligne, consulté le 3 décembre 2015]

« Una escultura de Gerardo Diego preside la entrada al casino Numancia en Soria » ABC, 26 avril 2011 [Disponible en ligne, consulté le 30 novembre 2015] 

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