Comme promis, en novembre dernier, je vous propose désormais quelques articles à Madrid, en privilégiant les petites curiosités qui ne sont pas forcément mises en avant dans les guides classiques. Nous allons nous rendre aujourd’hui dans le quartier de Chamberí. Il s’y cache un équipement singulier que beaucoup de touristes ne penseraient pas trouver au cœur de la capitale : un grand mur de pelote basque. Ce lieu, hors du temps et hors du commun, se cache un peu, mais vaut le détour. Suivez-moi, je vais vous faire découvrir l’histoire de ce survivant.
Nichée entre les immeubles, une entrée plutôt discrète vous attend pour
accéder à l’œuvre de l’architecte Joaquín Rucoba. En 1894, la pelote basque,
bien implantée dans la capitale, ouvre un nouveau terrain de jeu dans le chic
quartier de Chamberí qui se développe alors. Cette discipline sportive connaît
un essor très important depuis le milieu du XIXe siècle et la mode gagne la capitale ;
les concurrents ne voient pas tous d’un bon œil ce terrain de plus à Madrid. A
titre s’exemple, en 1891, il existait un immense terrain de 2000 places dans le
quartier d’Atocha. Un autre avait ouvert l’année suivante dans le quartier de
Moncloa, 5500 places.
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| Le centre d'interprétation expose une Harley d'époque pour raconter les multiples usages du fronton |
Abandonnée, une partie du bâtiment est touchée par un incendie en 2007.
Le gardien des lieux y perd la vie. En 2011, enfin le classement en tant que
bien d’intérêt culturel est obtenu. En 2015, Madrid obtient l’expropriation et
peut envisager la restauration complète du monument. Vous avez sur le site
officiel de très beaux montages avant/après, en suivez ce lien.
Les travaux ont commencé en 2019. C’est en premier lieu la structure qui doit
être consolidée et allégée des bâtiments qui avaient été ajoutés. C’est un
travail long qui vise à la fois à sauver les lieux mais aussi à construire un
centre d’interprétation pour en expliquer l’histoire. En 2025, le site reçoit
le Premio Nacional de Restauración y Conservación de Bienes Culturales. Ce prix
existe depuis 1994 et permet d’obtenir une dotation de 30 000€ pour une
personne ou une institution.
En plus des visites libres et gratuites, le fronton est devenu un lieu de
visites guidées, théâtralisées mais aussi de démonstration de pelote basque,
revenant ainsi à sa fonction d’origine. Le centre d’interprétation au rez-de-chaussée
est riche en informations et relativement parlant même si vous n’êtes pas
brillant en espagnol. En un peu plus d’un an, il avait déjà reçu 140 000
visiteurs sur la totalité des activités proposées. On ne doute pas que de nouvelles
idées viendront s’emparer des lieux dans les années à venir, pérennisant ainsi le
fronton qui ne devrait pas redevenir une ruine avant longtemps.
Si vous allez à Madrid ne ratez pas cette visite, gratuite, où la foule
ne se presse pas. Il rappelle que les pratiques culturelles des différentes
régions d’Espagne se croisaient dans la capitale. Rappelons que la pelote
basque fut sport olympique en 1900. Bien sûr on regrettera que de nombreux
autres frontons de Madrid, celui de
Recoletos bien plus tardif (1935), n’aient pas bénéficié du même sauvetage.
Ce denier était un terrain couvert, brillant de modernité et le plus grand d’Europe,
abîmé par la guerre et qui fut détruit seulement en 1973. Beti-Jai est donc un
survivant qui permet de maintenir le souvenir de l’âge doré de la pelote basque
madrilène.
Je vous retrouve bientôt pour une nouvelle visite en Castilla y León.





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