lundi 16 février 2026

Voyage au fil des pages : La Bibliomule de Cordoue

 


                C’est l’hiver, vous rêvez de voyages, bien au chaud dans votre fauteuil. Je vous expose une lecture qui vient compléter une rubrique déjà existante « Voyage au fil des pages », qui propose déjà une quinzaine d’ouvrages pour vous créer une bibliothèque francophone sur l’histoire espagnole. Il y a quelques années, on m’a offert la belle BD La bibliomule de Cordoue, un très bel objet d’édition de plus de 250 pages. J’ai toujours beaucoup de livres en route, et j’ai un peu oublié que cette lecture m’attendait. Je viens enfin de le lire, il est évident que je devais vous le présenter.

                Je sais, Cordoue n’est pas dans ma région de prédilection, je vous en ai pourtant déjà parlé deux fois sur le blog. Une première fois dans mon compte-rendu de voyagede l’été 2024, où j’avais découvert la ville andalouse. Une deuxième fois dans l’article « Zoom sur … Nerón y Séneca : Zamora et Cordoue rendent hommage à leurs enfants », qui vous présente une statue particulière. La bibliomule vous offre une porte d’entrée sur des événements qui concernent toute l’Espagne et non uniquement le sud de la péninsule.

                Nous débarquons en 976 à la bibliothèque de Cordoue où nous allons rencontrer nos trois personnages principaux. Tarid et Lubna, esclaves, travaillent à la bibliothèque et veulent sauver le maximum d’ouvrages avant l’autodafé prévu par le vizir Al-Manzur qui détient le pouvoir. Le jeune calife de 10 ans n’est pas en position de s’imposer et le vizir profite de la situation. Le pouvoir s’affirme par des actes spectaculaires, ici un tri draconien des références de la bibliothèque, collection inégalable de connaissances scientifiques, culturelles et artistiques. Les deux copistes se trouvent rapidement flanqués d’un troisième comparse, Marwan, ancien élève de Tarid, devenu voleur sur les routes du califat. Avec eux nous assistons à une fracture intellectuelle dans l’histoire de Cordoue.

                Notre improbable trio, avec une mule, se retrouve donc à fuir à travers champs et montagnes et chargé d’une quantité phénoménale d’ouvrages sauvés de l’incendie qui dévore les livres. A plusieurs moments l’histoire revient en arrière pour expliquer la chronologie du califat, le passé des personnages, et aussi les relations avec d’autres royaumes comme le León ou encore les populations du nord de l’Europe et même les Vikings. Ces pages racontent avec justesse la richesse culturelle de la région qui draine des populations, des connaissances et des philosophies des quatre coins du monde. Nos héros, fugitifs poursuivis par le pouvoir cordouan, se disputent régulièrement quant à la valeur du savoir, la supériorité de tel ou tel texte. L’ouvrage nous laisse un peu sur notre faim pour ce qui est du destin des personnages à la fin de leurs péripéties. Les dernière pages sont consacrées à la destruction des bibliothèques par les pouvoirs autoritaires jusqu’à nos jours. Le livre tient presque du conte philosophique militant.

                J’ai vraiment eu du mal à rentrer dans l’histoire, j’ai trouvé le rythme en dents de scie, les gags parfois de trop. La mule qui donne son nom au livre, n’est pas assez exploitée à mon goût dans le déroulement de l’histoire. Ce n’est pas le premier ouvrage de  Wilfrid Lupano que je parcours, ceux qui suivent mon autre blog ont déjà lu ma critique de sa série Communardes. Il n’est pas impossible que je lui donne une nouvelle chance, sa bibliographie est longue, mais je trouve souvent qu’il manque un certain équilibre dans ses récits. La bibliomule aura au moins le mérite de m’avoir fait découvrir la figure de Lubna, seul membre du trio qui semble prendre ses racines dans la biographie d’un personnage historique. Je vous conseille d’aller poursuivre votre lecture par des recherches sur cette esclave de Cordoue, grande intellectuelle.   

                Si vous souhaitez prolonger votre voyage au fil des pages par des visites lors de votre escapade en Castille, vous pouvez vous intéresser aux lieux où le terrible vizir Al Manzur est venu combattre en Castilla y León. Le guerrier qui pilla Compostelle a durablement marqué les esprits. Je vous avais proposé un article sur Calatañazor où il aurait mené une de ses dernières batailles, les sources historiques manquent aujourd’hui sur cet épisode.

                La BD du jour est donc un bel objet, saluée par la critique lors de sa sortie en 2021, dont j’attendais peut-être trop. Le graphisme de Léonard Chemineau n’a pas non plus ma préférence, là où le travail sur les couleurs m’a plu. Le livre, dont l’édition est vraiment de qualité, reste un bon complément à un voyage pour apprécier ce qui fut l’âge d’or intellectuel de Cordoue.

                Bonne lecture, on se retrouve rapidement pour de nouvelles visites


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