Après notre série de promenades, petite pause dans la rubrique « La Castilla y León au cinéma ». Je vous propose de revenir sur un film vieux d’un quart de siècle, qui fut largement tourné dans la région et qui connut, en Espagne, une certaine notoriété : Juana la Loca. Ce biopic raconte la vie de Jeanne la Folle, princesse espagnole, partie loin de la péninsule ibérique pour son mariage.
Fille d’Isabelle la catholique et mère de Charles Quint, écrasée dans la
mémoire entre ces deux immenses figures, sa vie est une tragédie qui fut
d’abord l’objet d’une pièce théâtrale La
locura de amor. Le dramaturge Manuel Tamayo y Baus la créa au milieu du
XIXe siècle. En 2001, elle est adaptée une fois de plus au cinéma. L’histoire
de Juana la Loca est parfois disponible en France en version sous-titrée
français sur des replays comme Arte ou en DVD.
Le film relate finalement une assez courte période, de 1496 à 1506, une
dizaine d’années sur une vie qui dura 75 ans. Nous rencontrons Jeanne à l’aube
de son mariage alors que sa mère l’accompagne au bateau qui va la conduire dans
les Flandres. La première demi-heure du film ne va donc pas vous faire voyager
en Espagne, mais permet de comprendre comment Jeanne se retrouve reine de
Castille suite à un concours de circonstances et retourne en Espagne avec son
mari. Celle qui était la troisième enfant des rois catholiques, se retrouve
héritière suite à la mort de ses aînés.
On voit peu la Castille, le film n’est pas celui des grands décors et des
paysages à couper le souffle mais vous pourrez admirer différentes scènes
tournées réellement en Espagne, où le couple se retrouve très déchiré. Jeanne,
terriblement amoureuse et attachée à son mari Philippe, coureur de jupons,
devient malade de jalousie et de colère. Le film vous emmènera tout de même dans
certains monuments de la région qu’un œil habitué reconnaîtra. Le tournage
d’une scène eut ainsi lieu sur la place de la cathédrale de Burgos. On notera
combien la restauration a redonné sa blancheur à la cathédrale depuis le
tournage en 2001. Certaines scènes ont été tournées à la cathédrale de León
pour les intérieurs. La visite touristique est donc limitée dans ce film, mais
il marque un retour d’intérêt pour la figure de la reine castillane.
Un quart de siècle après la sortie du film, le regard sur la reine a
encore évolué et l’on n’écrirait probablement pas le même déroulé hérité
directement du XIXe siècle. Le film de 2001 néanmoins modernisait les propos de
la pièce originelle. On revient beaucoup, aujourd’hui, sur la qualification de
« folle » et les historiens s’interrogent aussi sur ce que recouvre
réellement ce terme. Celle qui fut enfermée durant presque un demi-siècle fut
avant tout écartée du pouvoir par les trois hommes de sa vie, son mari, son
père et son fils, et laisse un portrait flou dans la mémoire collective. Il est
difficile, des siècles après de poser un diagnostic sur son état psychologique,
une chose est certaine la mort de son mari l’a fait définitivement basculer
dans une autre réalité. Le film malheureusement expédie un peu la conclusion de
l’histoire de Jeanne, ne parlant presque pas de son comportement par rapport au
corps de son défunt mari dont elle n’arrive pas à se séparer. On n’évoque pas
non plus les retrouvailles avec son fils, Charles Quint ni les conditions de
son confinement à Tordesillas durant des décennies. Quand Jeanne meurt et
transmet la couronne à son fils, c’est un vieil homme, on oublie souvent que
Charles ne devint seul souverain d’Espagne qu’à l’âge de 55 ans, au décès de sa
mère. Il abdique l’année suivante en faveur de Philippe II, mais c’est une
autre histoire.
Le film vous permettra de découvrir Jeanne, mais comme souvent pour ce
personnage quelque soit le support, on limite le récit à ses années de mariage.
Sombre, parfois lent, il dresse le portrait d’une Espagne instable
politiquement avec une cour qui se constitue autour d’une femme qui n’est que
la deuxième reine d’Espagne. Le long métrage vous poussera peut-être à mieux
connaître ce personnage et comprendre son importance européenne puisqu’elle unit
la monarchie espagnole au pouvoir des Habsbourg, un héritage déterminant pour
le siècle qui suit.
Bon visionnage.
Pour aller plus loin :
DÁVILA
VARGAS-MACHUCA M., « Las
pasiones de Juana la Loca en el cine español: desde la Historia y el Teatro a
las adaptaciones, readaptaciones y remakes compuestos »
LENSEL P-L. « Jeanne
la Folle, mère de Charles Quint, était-elle gravement démente ou a-t-elle été «
effacée » ? » in historia.fr,
le 7 septembre 2025,

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