Après Ávila,
je vous emmène pour trois articles à La Granja où je suis repassée cette année.
Il n’y a pas que la demeure royale à découvrir. Aujourd’hui, c’est à l’église
Nuestra Señora del Rosario que je vous entraine, car dans le village, de jolis
monuments vous attendent aussi. Un en particulier a retenu mon attention, car
il rappelle l’air d’Italie qui a soufflé un temps ici et que nous avions déjà
évoqué lors de l’article sur Riofrío.

Le 25 octobre 1692, la petite Isabelle Farnèse pousse
ses premiers cris à Parme. Sa tante est alors reine consort du royaume
espagnol, deuxième épouse de Charles II. Leur mariage sans descendance provoque
une crise monarchique et c’est finalement Philippe V, petit-fils de Louis XIV,
qui monte sur le trône de Madrid. Veuf en 1714, le roi se remarie avec Isabelle
Farnèse, de neuf ans sa cadette. Comme son mari qui n’a jamais oublié la France
et qui a construit son petit Versailles, la princesse italienne n’aura de cesse
d’importer l’Italie en Castille. Voici la raison qui nous amène aux portes
d’une église qui détonne dans l’architecture régionale. Parmi les artistes italiens venus en Espagne, à la suite
de la princesse, arrive Andrea Procaccini, qui fait venir ses élèves, dont
Sempronio Subissati en 1720. Le quarantenaire d’Urbino se voit confier
différents chantiers, dont celui d’une nouvelle église à La Granja. Le projet
de l’édifice religieux est mis en place et commence au début des années 1740.
L’église est enfin consacrée en 1752 sous le règne de Ferdinand VI, beau-fils
d’Isabelle Farnèse. On reparlera de Subissati dans le prochain article sur le
blog.
Dans cette
église se trouve aussi le tombeau d’un homme qui marqua le XVIIIᵉ siècle :
Manuel de Roda y Arrieta. Cet avocat fut un important intellectuel des Lumières
et ministre du roi Charles III, le fils adoré d’Isabelle Farnèse. On le connaît
surtout pour son opposition féroce aux jésuites, dont il contribua fortement à
l'expulsion. Lorsqu'il meurt à La Granja en 1782, à l’âge de 74 ans, il est
enterré dans l’église, qui sert alors couramment de lieu de sépulture dans
cette ville où il faudra encore attendre deux ans pour voir un cimetière
aménagé hors de ses limites. À quelques années près, il échappe donc au décret
du roi qu’il a servi durant des décennies : Charles III promulgue en effet un
texte en 1787 qui interdit dans tout le royaume les inhumations dans les
églises et impose la création d'espaces dédiés éloignés des habitations. C’est
un mouvement législatif général en Europe qui institue alors ces nouvelles
habitudes funéraires.
L’église reste donc profondément liée à la royauté
espagnole, comme l’ensemble du site de La Granja. Je vous avais parlé de la
figure du père
Claret sur le blog à travers le film qui lui est consacré. Confesseur
d’Isabelle II et habitué des lieux, il aurait eu dans cette église la vision
qui le fit quitter la cour royale définitivement en 1865, alors que les intrigues
politiques l’usaient.
Je vous avais déjà présenté une église d’inspiration
italienne dans la région : La Purísima
à Salamanque. Produits des liens étroits entre l’aristocratie espagnole et
l’Italie, ces réalisations architecturales sont un legs intéressant que l’on
retrouve aussi dans des bâtiments civils, comme le
palais de Riofrío.
L’église, qui
fut bâtie sous la protection d’une princesse italienne, est aujourd’hui encore
un édifice bien vivant où se pressent les paroissiens de la petite ville. Si elle
surprend pour toujours dans le paysage, elle est sans nul doute un rappel de
cette chimère que fut La Granja, construite autour de la nostalgie d’un prince
français dont la deuxième épouse qui était née au-delà des Alpes apporta sa
touche d’exotisme en pleine Sierra espagnole.
On se
retrouve le 16 novembre pour un nouvel article à La Granja, à quelques
centaines de mètres de l’église du jour.
Belle
promenade en Espagne
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