mardi 4 août 2026

Puente de Enrique Estevan : Plan de sauvetage pour le pont romain ?




Après deux articles où je vous proposais des baignades, notre promenade au bord de l’eau continue sur les rives du Tormes à Salamanque. Je ne vous propose pas de vous y baigner, rassurez-vous, mais d’admirer un très beau pont visible depuis les promenades qui bordent le fleuve : El Puente de Enrique Estevan. Nous allons à la rencontre de cette Salamanque de la fin du XIXe siècle qui commence à vouloir changer son image, cette ville par exemple qui rase alors sa muraille. À l’aube du XXe siècle, elle aspire, comme toute l’Europe, à des constructions modernes et allégées ; les structures métalliques répondent à ces besoins. Salamanque a déjà par exemple construit un marché de ce style ou sa fameuse Casa Lis. Je vous emmène donc découvrir un autre projet qui s’inscrit dans ce désir de faire rentrer la ville castillane dans une nouvelle ère.

Pour comprendre la naissance de ce pont, il faut revenir dans les années 1870, alors que le point de passage, le pont romain, est désormais trop limité pour traverser le Tormes. Il a déjà subi, durant les vingt années précédentes, plusieurs modifications, la suppression de plusieurs éléments médiévaux par exemple. Pour autant, ceci ne suffit pas. Les idées fusent pour l’agrandir, pourquoi pas des passerelles métalliques sur les côtés pour les piétons ? Les municipalités d’aujourd’hui comme d’hier ne font pas dans la célérité et le temps passe. Les projets restent sur le papier et la circulation ne s’arrange pas.


                                                                                                               

C’est en 1891, avec l’arrivée d’un nouvel homme au conseil municipal, que les choses commencent à bouger. Enrique Estevan prend très à cœur le problème du pont romain ; il est impensable pour lui que ce monument historique disparaisse ou soit totalement dénaturé. Un nouveau projet commence alors à se dessiner, un nouveau pont dont il faut choisir l’emplacement et qui entraîne aussi un travail d’expropriation. Entre le début de préparation des dossiers du projet et son acceptation complète, il faudra attendre presque sept ans. C’est l’ingénieur Saturnino Zufiarre qui est à la tête du chantier, c’est l’œuvre de sa vie qui est la plus connue. De ses réalisations, certaines ont disparu comme le pont de Salvatierra de Tormes, démantelé lorsque la localité fut noyée pour un barrage et qui était un autre exemple de son travail.


 

Revenons sur les rives du Tormes où les travaux débutent en 1902 seulement. Ils vont s’étaler sur plus de 8 ans. Et comme si ce n’était pas assez long, l’inauguration officielle n’aura lieu que trois ans après la fin du chantier. En 1913, le ruban est enfin coupé sur l’ouvrage de 220 mètres de long et 10 mètres de large. Le pont devint un axe de circulation primordial avec plusieurs milliers de véhicules circulant chaque jour sur son tablier dès les années 1960.

 


À l’approche du centenaire, la mairie met en place un programme de rénovation du pont qui n’a jamais eu le droit, jusque-là, à une restauration complète et approfondie. Durant l’hiver 2014, la mairie de Salamanque organise avec le musée de l’automobile une exposition pour se pencher sur l’histoire du monument, signe que les temps changent et que son centenaire l’inscrit dans le paysage patrimonial de la ville. Pour sa réouverture en 2015, une série de véhicules du musée de l’automobile traverse le pont pour rappeler la longévité du monument qui a vu toutes les époques et leurs excentricités défiler. En 2016, le pont est enfin classé comme bien d’intérêt culturel. On s’est posé la question un temps d’en faire un pont piétonnier, idée depuis oubliée ; il reste encore un axe de circulation automobile important. En 2019, les derniers points de restauration sont enfin achevés.



Aujourd’hui, le pont est un bel exemple de patrimoine salamantin et fait le beau sur les cartes postales bien qu’il soit en réalité assez peu intégré dans le circuit qui draine les touristes entre la cathédrale et la Plaza Mayor. Si vous vous promenez sur les rives du Tormes et que vous souhaitez vous éloigner un peu de la foule des rues du centre-ville, faites la promenade, sur la rive gauche, du pont romain jusqu’au pont neuf, autre nom du Puente Enrique Estevan.

Bonne promenade à Salamanque !

 

Pour aller plus loin :

CRESPO DELGADO Daniel, « El fracaso del ensanche del puente romano de Salamanca en 1900. Un éxito de la conservación del patrimonio de las obras públicas » in Revista de Arte, 2014.

GOMEZ Francisco, « El puente Enrique Estevan cumple un siglo en medio del debate sobre su futuro » in elnortedecastilla.es, le 3 janvier 2013.

SANCHEZ Teresa, « El puente Enrique Estevan, joya en hierro que nació para dar vida a Salamanca y renovó su imagen para siempre » in tribunasalamanca.com, le 4 février 2024.

ZAMARBIDE Roberto, « La historia de uno de los puentes más fotografiados y populares de Salamanca » in La Gaceta de Salamanca, le 24 mai 2023.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire