mardi 17 mars 2015

Museo oriental de Valladolid : Une promenade sur les rivages de l'Asie



            A l’heure où les pays d’Asie et leurs cultures sont très à la mode, notamment chez les jeunes, un voyage dans ces contrées lointaines pourrait bien nous tenter. Mais voilà, ce n’est pas tout près, vos budgets sont peut-être serrés, et puis toute la famille n’est pas très adepte de la culture asiatique. Voyez vous, j’ai peut-être une solution, je vous disais il y quelques temps qu’avec la Casa del Sol, Valladolid proposait presque un petit voyage à Rome, qu’avec le Museo Biblique et Oriental à Leon nous pouvions découvrir des trésors du Moyen-Orient, j’ai en réserve une autre surprise. Le musée oriental de Valladolid. Direction les Philippines, pour comprendre l’origine de ce musée dans une ville sans lien apparent avec l’Asie du XVIe siècle.


            L’histoire commence en 1561 quand cinq augustins partent en tant que missionnaires dans les Philippines. Dès 1584 un couvent est aussi installé en Chine. Ce projet durera quatre siècles, pas moins des deux tiers des missionnaires, répondant à la règle de Saint Augustin, seront passés par le centre de formation de Valladolid, soit près de 2 000. La crise des recrutements du XVIIIe siècle, et oui déjà, avait incité à réunir toute la préparation des missionnaires en un même lieu, ce fut donc Valladolid qui eut cette prérogative. Il faut noter que ces hommes reçoivent un vaste enseignement qui comprend par exemple des sciences naturelles (animales, végétales, minérales). En plus des multiples paroisses et églises, c’est un grand projet scolaire qui sera mis en place, puisque ces missionnaires créeront 60 écoles et une université dans les provinces où ils s'installent.
Le bâtiment actuel fut débuté en 1759. C’est l’architecte Ventura Rodriguez qui dirige le chantier, reconnu, il a déjà œuvré à Madrid, Saragosse ou Cuenca. Son éviction des chantiers du Palais Royal de Madrid à partir de 1759, justement, le pousse à se consacrer à de nouveaux projets comme celui des augustins de Valladolid. Le travaux vont durer un certain temps, problème financier obligeant, et ils ne seront définitivement terminés qu’en 1930.   
               Les envois de pièces d’arts sont réguliers de la part des missionnaires tout au long de leur histoire. Le musée tel qu’il est aujourd’hui date de 1980, mais il existe en réalité depuis 1874. Les collections qui se sont largement étoffées au XIXe siècle, s’organisent et sont installées sous forme d’exposition en 1885 dans l’un des grands salons du centre d’étude. Durant tout le début du XXe siècle on expérimente le classement des collections. La grande impulsion va avoir lieu en 1925, suite à l’Exposition Universelle des Missionnaires. Dans les 24 pavillons provisoires installés dans les jardins du Vatican, 100 000 objets sont exposés, dont certains viennent directement de Valladolid. Tous ne repartirent pas en Espagne, puisque un musée des missionnaires naquit suite au grand succès de l’exposition. Certaines des plus belles pièces sont donc toujours à Rome. On a néanmoins pris conscience de l’importance des pièces que l’on possède. Les années 1950-1960 ne sont pas des meilleures pour l’institution. Vers 1977 on commence à organiser à nouveau l’immense trésor, et le couple royal vient inaugurer les lieux en 1980. Quelques améliorations sont apportées durant les années 1990.


Durant la seconde moitié du XXe siècle les acquisitions permettent d’étendre les collections. Entre 1997 et 2000, l’institution reçoit 300 nouvelles pièces de la part d’un mécène le Dr. SC Cheng. Il accueille aujourd’hui la plus grande collection d’objets d’art venu d’Extrême Orient en Espagne. Pour les spécialistes vous trouverez pour l’art japonais des pièces datant des périodes Edo et Meji (1603 – 1912), pour les Philippines et la Chine des pièces plus anciennes sont visibles, puisque certaines datent, il me semble du Ve siècle. Le musée a tissé des liens forts avec les pays dont les œuvres sont présentées. En 2008 l’empereur du Japon a ainsi décoré, par l’intermédiaire de son ambassadeur, le directeur du musée, pour récompenser le travail de recherche et de diffusion réalisé.
            Il reste dans le grand bâtiment une quarantaine de moines, chargés de faire vivre les lieux, c’est à dire s’occuper de la paroisse, organiser les ateliers, et donner les cours qui préparent les missionnaires du XXIe siècle.




            Comptez au moins une heure pour cette visite, si vous n’êtes pas un passionné de l’art asiatique et que vous ne faîtes que vous promener sans vous pencher en détail sur les pièces proposées. Si vous aimez particulièrement ces civilisations, une longue visite de deux heures ou plus pourrait être envisageable. Si la muséographie n’est pas d’une grande modernité, et que le fait d’être installé dans les sous-sols n’est pas forcément la meilleure mise en valeur, le musée est agréable à parcourir de par ses dix huit salles bien organisées. Pour vous y rendre, depuis la Plaza Mayor par exemple, le plus simple est de rejoindre leCampo Grande, de le traverser pour ressortir juste en face du musée. Ne raté pas cette superbe visite et bon voyage à Valladolid.

             
Pour creuser le sujet c’est par ici :
- DURLIAT Marcel, Rodigez Ventura - (1717-1785), Encyclopædia Universalis 
- CANO DE GARDUQUI GARCIA José Luis, El Museo Oriental del Real Colegiode Agustinos de Valladolid, Real academia de Bellas Artes de San Fernando, n°78, 1994

Intérieur de l'église


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